Il y avait également de nombreux journalistes et reporters venus toute région, des Syriens, des Arabes, des Européens... Je pense avoir donné une vingtaine d’interviews au cours des deux heures du sit-in, ainsi qu’une demi-heure avant et une autre après. J’ai raconté votre histoire, nommé les coupables :
Jaïsh al-Islam, dont les dirigeants sont d’ailleurs revenus à Douma. Parmi eux, l’instigateur du crime et la figure à l’origine de notre calvaire, le juriste religieux Samir Kaaka. Je ne suis pas certain que l’autre personne clé de cette machine répressive, le responsable sécuritaire Omar al-Dirani, fasse partie des revenants. Depuis le printemps 2018, ils avaient été déplacés vers la région d’al-Bab, dans le nord de la Syrie. J’ai affirmé dans ces entretiens que nous aspirons à connaître la vérité complète sur votre sort, à obtenir justice en demandant des comptes aux coupables. J’ai dit que le critère permettant de mesurer les avancées vers la justice en Syrie est votre affaire et plus largement la question des disparitions forcées. Car ce crime représente l’une des formes les plus extrêmes de l’absence de justice dans notre
terrible pays.
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Après neuf jours à Damas, je suis parti pour Homs avec Najat et Lulu, qui avaient passé deux semaines à Damas pour changer d’air. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser, Samour, que c’était la première fois que je me rendais à Homs sans toi. Nous sommes arrivés dans l’après-midi, vers trois heures, dans une voiture louée par ta sœur et sa fille. Najat a estimé que je devais passer cette première nuit chez Fatima et Bassam, pendant qu’elle et Alaa préparaient la maison qu’elles avaient quittée depuis déjà un moment. La rencontre avec Fatima a été émouvante. Nous avons pleuré dans les bras l’un de l’autre. Comme elle te ressemble, ta petite sœur ! Nous avons veillé jusqu’à une heure du matin, parlant, buvant du arak. Toi et ta longue absence étiez le sujet de notre longue conversation. L’un des constats les plus douloureux qui m’est apparu progressivement, après des années de ton absence, est que ton histoire n’est pas suffisamment connue, et aussi qu’il y a une tendance parmi certains cercles de proches et connaissances à me tenir pour responsable de ta disparition, sans jamais m’avoir interrogé sur le sujet, sans avoir lu ce que j’ai écrit à ton sujet, sans même avoir lu ton propre livre, tout cela étant facilement accessible à tous ceux qui le veulent. Il s’est produit une superposition de plusieurs éléments : des divergences politiques, des tensions personnelles, la déliquescence de la révolution après ton enlèvement, et cette fracture entre ceux qui sont restés et ceux qui ont dû partir. Tout cela a été utilisé contre moi. Nous avons parlé pendant neuf heures. Nos cœurs se sont apaisés. Mais après cette longue journée, cette nuit d’échanges, et tout ce qui n’a pas été dit, j’ai compris à quel point il est cruel que ton absence puisse être utilisée contre moi.
Le lendemain, Bassam m’a emmené en voiture parcourir les abords du quartier détruit de Baba Amr, la rue entre les deux horloges, l’ancienne et la nouvelle, ainsi que le boulevard du Brésil. La ville était animée, vibrante, bien que marquée, comme Damas, par une décrépitude avancée. Bassam avait organisé une rencontre avec un groupe de jeunes hommes et femmes pour discuter de la situation du pays. J’ai demandé à y assister et il s’est montré enthousiaste. De l’autre côté de la rue où se trouve son magasin de produits naturels – savons, baumes, crèmes – qu’il a lui-même développés et transformés en un projet prospère au fil des années, nous nous sommes assis sur le trottoir, sous le soleil doux de janvier, certains sur des chaises, d’autres sur des blocs de béton. Nous avons discuté pendant une heure de ce qui s’est passé, de ce qui se passe et de ce qu’il faudrait faire. Nous étions trois hommes dans la soixantaine, tous d’anciens prisonniers politiques, trois jeunes femmes dans la vingtaine et trois jeunes hommes du même âge. Ce petit colloque en plein air, un mois exactement après la chute du régime, le 8 janvier 2025, symbolisait cette nouvelle réalité, événement impensable un mois plus tôt. Les jeunes veulent agir, mais ils ont besoin d’être guidés, orientés, organisés. Ils pensent que nous pouvons les aider.
Après ce colloque du trottoir, nous nous sommes rendus chez « la doyenne » Najat, qui avait décidé que nous passerions tous la nuit ensemble : Fatima, Bassam, Thaer – arrivé en Syrie de Berlin après avoir rendu visite à son père à Beyrouth –, Alaa et moi. Les larmes étaient présentes, mais ce furent celles de Thaer cette fois-ci, découvrant pour la première fois cette maison en l’absence d’Afif. Murad était là aussi. Il nous a raconté une anecdote. En se promenant dans la ville où il est né, après plus de dix ans passés en Allemagne, il a été submergé par l’émotion. Il a alors enlevé ses chaussures pour honorer un vœu qu’il avait fait s’il revenait un jour à Homs, et il s’est assis sur un trottoir, la tête entre les mains. Une minute plus tard, un jeune homme est venu le voir, cherchant à le réconforter et lui proposant son aide. Il l’avait pris pour un sans-abri ou un mendiant. Murad, avec son allure bohème, pouvait facilement prêter à confusion. Murad lui a répondu qu’il était juste épuisé par une longue absence. « Tu viens d’où ? » lui a demandé le jeune homme – « D’Allemagne. » L’autre a souri : « Dans ce cas, c’est toi qui devrais me donner de l’argent ! » Nous avons veillé jusqu’à deux heures du matin, parlant de politique, buvant du arak, échangeant nos récits.
Le sentiment général dans le pays, selon Abed al-Rays, est celui d’un soulagement, d’une délivrance, d’une longue expiration. al-Rays, un ami de Homs que j’avais rencontré une seule fois avant la révolution, m’a invité à prendre la parole devant un petit groupe d’auditeurs au monastère des Pères Jésuites à Homs. Cette rencontre a eu lieu dans l’après-midi du 9 janvier, durant deux heures, à propos de la pensée, de la politique, et du rôle des intellectuels.
Lulu est désormais une militante engagée dans une organisation récemment fondée, dédiée à la paix civile à Homs, cette ville dont tu as connu une partie des souffrances avant ton enlèvement, et qui a continué à en subir d'autres pendant encore près de deux ans plus tard. Tout cela a conduit à un nombre incalculable de victimes, une destruction massive de l'infrastructure urbaine et, surtout, une fracture profonde dans le tissu social, en particulier entre sunnites et alaouites. Après la libération, les quartiers alaouites ont été « ratissés » à la recherche d’armes et de personnes recherchées, peut-être aussi pour signifier une présence. Cela a conduit à une manifestation d’Alaouites où des slogans sectaires ont été scandés, à laquelle a répondu dès le lendemain une manifestation sunnite où d'autres slogans sectaires ont également été brandis. Les ratissages ont pris fin la veille de notre arrivée, mais la situation à Homs demeure fragile et instable. Les rues des quartiers alaouites se vident dès le coucher du soleil. Dans les quartiers sunnites, la destruction est immense ; cependant, ce qui n'a pas été détruit reste animé jusqu’à près de minuit.
Rien de comparable avec Lattaquié, où je me suis rendu trois jours après Homs, évidemment accueilli chez nos amis Haitham et Zubaida, dans la même chambre que nous occupions tous deux lorsque nous visitions la ville. Le soir même, nous nous sommes retrouvés dans un petit bar du quartier des Américains à Lattaquié, en compagnie de Haitham, de l’écrivain Nabil Suleiman – que tu connais, ainsi que certaines de ses œuvres, qui figuraient dans notre bibliothèque –, de Amer al-Marei, fils du Dr Munif, et de sa jeune compagne, ainsi que d’autres amis. Un chanteur originaire de Lattaquié, Samer Ahmad, s’est joint à nous pour un moment. Il a une chanson intitulée
Allah y’raïhna minno – « Que Dieu nous en débarasse ! » –, une phrase qu'il répétait depuis des années et qui est finalement devenue le refrain d’une chanson en dialecte syrien. La chanson se moque de Bachar al-Assad et exprime une confiance inébranlable dans la Syrie et son peuple. Nous sommes rentrés chez nous vers minuit.
Sur la route de Homs à Lattaquié, nous avons croisé huit ou neuf checkpoints armés. Certains nous ont laissés passer sans nous arrêter, mais deux d’entre eux ont demandé à voir nos papiers d’identité, au conducteur et à moi, un autre nous a fait ouvrir le coffre de la voiture et un dernier nous a demandé si nous transportions des armes. Tout cela s’est déroulé sur la seule première moitié du trajet ; la seconde était libre de tout contrôle jusqu’à l’entrée de la ville, où un dernier checkpoint tenu par un seul homme ne nous a même pas arrêtés. Le chauffeur a justifié cela par le fait que la région à l’ouest de Homs était infestée de bandes armées spécialisées dans les vols et les enlèvements, et que ces checkpoints avaient été installés principalement pour empêcher leurs crimes. Quelques jours plus tard, dans la ville de Fahil, à l’ouest de Homs, quinze anciens soldats des forces du régime ont été exécutés, bien qu’ils n’aient pas opposé de résistance, selon des informations concordantes. Certains étaient même déjà retraités. La situation sécuritaire est instable, et aucune règle claire ne semble avoir été établie pour gérer les crises émergentes. Le pays est dans un état de fluidité totale, sans structure définie, et les rumeurs se propagent dans tous les sens.
Jad, le fils de Haitham et Zubaida, est maintenant un jeune homme de vingt et un ans. Il étudie la littérature française à l’université, mais il apprend aussi l’allemand et envisage de partir en Allemagne pour acquérir des compétences professionnelles dans l’hôtellerie, la restauration ou la menuiserie.
Les sentiments oscillent ici entre « délivrance » et anxiété face aux dangers de l’extrémisme religieux ou politique. Mais il y a aussi une soif de réunions, d’échanges, de débats, et une quête de réponses que personne ne semble encore posséder.
Le lendemain après-midi, Amer al-Marei m’avait organisé une rencontre avec une trentaine de personnes intéressées à la chose publique. Nous avons échangé nos analyses de la situation et des devenirs possibles. J’ai expliqué que nous ne nous dirigeons pas vers la démocratie, en raison de la nature même du nouveau pouvoir en place, qui est tout sauf démocratique voire qui, jusqu’à il y a quelques années, rendait blasphématoire l’idée même de démocratie. Cependant, j’ai exclu la possibilité d’un État islamique, je pense plutôt que nous allons vers une nouvelle forme de politique des notables, où les groupes sociaux sont représentés par leurs figures tutélaires, comme c’était le cas lors des années qui ont suivi l’indépendance de la Syrie. Ce type de gouvernance exclurait, ou du moins limiterait, la présence de qui – comme nous – incarne un réel pluralisme intellectuel et politique. J’ai insisté sur l’importance d’œuvrer à l’adoption de lois interdisant et criminalisant la torture, en nous appuyant sur notre expérience historique où la torture est allée de pair avec la destruction sociale et humaine, le sectarisme, et,
in fine, l’effondrement du pays.
L’audience était variée, aussi bien en termes de genre que d’âge et d’origines sociales, liée par un état d’esprit résolument positif. On sentait que l’apaisement des gens quant à la chose publique conduisait à un apaisement des échanges entre eux. Cela pourrait peut-être expliquer en partie pourquoi la violence n’est pas généralisée dans les villes, malgré le chaos et l’instabilité. C’est la « délivrance » qui élargit l’infrastructure sociale du pays, malgré la misère et la dégradation de ses infrastructures civiles. Mais si des solutions efficaces tardent à être mises en place, cette morale collective pourrait de nouveau être écrasée, générant de nouvelles pathologies.
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Après deux jours à Lattaquié, je suis retourné à Damas. Mes amis Farouk Mardam Bey, Subhi Hadidi et Ziad Majed, que tu connais, étaient arrivés quelques heures avant moi. Farouk revenait dans sa ville natale pour la première fois en un demi-siècle. Subhi foulait le sol syrien pour la première fois en trente-huit ans d’exil. À leur arrivée, ils ont été accueillis par une procession
shāmiyya devant l’hôtel Umayya, organisée à l’initiative d’une dame damascène. Ziad s’est retrouvé, sans comprendre comment, porté sur les épaules d’un inconnu, au milieu de cris chantant la Syrie, la liberté, contre les assadiens. Nous avons dîné ensemble, invités par cette même dame, en compagnie de la journaliste Zeina Shahla, de l’écrivaine Colette Bahna, ainsi que de deux militants d’Idlib. Tous quatre avaient choisi de rester en Syrie pendant ces années terribles après 2011. Sur le bras de Zeina, infatigable et combative, était tatouée une date en chiffres : 08/12/2024.
Le lendemain matin, je suis allé dans le quartier de Sha’lan, sur les traces de l’appartement où je m’étais caché pendant près d’un an, où tu étais avec moi la plupart du temps. J’hésitais sur l’entrée de l’immeuble, était-ce celle-ci, ou cette autre, ou encore une troisième ? J’ai pris des photos des trois entrées et les ai envoyées à Rashad, notre cher ami qui m’avait prêté cet appartement, risquant sa propre sécurité pour le faire. Rashad, d’ailleurs, est aujourd’hui marié à une femme syrienne tout aussi agréable et intéressante que lui, également artiste. Ils vivent en France, dans la ville de Troyes. Quelques minutes plus tard, Rashad m’a répondu : aucune des trois entrées que j’avais photographiées n’était notre entrée. Il m’a rappelé ce dont j’aurais dû me souvenir immédiatement : derrière cet appartement où nous avons séjourné, il y avait une mosquée. Le lendemain, je suis retourné sur place et j’ai pris une nouvelle photo de l’entrée, dont il a cette fois attesté de la validité. Mais je n’ai pas eu de réponse lorsque j’ai sonné à la porte extéieure. L’immeuble semblait abandonné. Rashad m’a appris que sa sœur avait vendu l’appartement, sans savoir à qui il appartenait désormais.
Le jour de la triple erreur, j’ai aussi cherché la boutique de vêtements
Stefanel, où notre ami Adnan Makkiya travaillait il y a douze ans. Pendant les trois ou quatre années qui ont précédé la révolution, c’est là que tu achetais mes vêtements, profitant des meilleures affaires grâce à notre ami Adnan. À l’époque, cela m’avait valu une réputation d’élégance parmi nos amis. Après le début de la révolution, Adnan a disparu, restant caché avec sa famille pendant cinq ans, avant d’être exfiltré clandestinement vers le Liban, puis de se réfugier en Allemagne. Là-bas, lui et sa famille ont vécu trois ans à Alheim, dans des conditions si mauvaises qu’il en était venu à demander à rentrer en Syrie par protestation. Finalement, la situation s’est améliorée : ils ont pu s’installer dans un logement convenable, avec de bons voisins, dans une ville non loin de Munich. Je n’ai pas retrouvé
Stefanel. Après avoir posé plusieurs questions, j’ai appris que la boutique s’appelait désormais
Viale, du nom de la marque de vêtements qui l’exploite aujourd’hui.
Je n’ai pas non plus retrouvé le premier logement où je m’étais caché. Tu te souviens que, le soir du 30 mars 2011, après le premier discours de Bachar al-Assad – qui était une déclaration de guerre –, j’avais pris mon ordinateur et quelques vêtements avant de commencer une vie de clandestinité dont je n’imaginais pas qu’elle allait durer plus de deux ans à Damas. Je ne t’avais pas dit adieu correctement ce jour-là, mais tu savais où j’étais, et nous nous retrouvions chaque fois après quelques jours.
Tu sais comme mon sens de l’orientation est déficient, autant que mon sens du temps est aiguisé. À l’inverse, notre ami Farouk, qui a aujourd’hui quatre-vingts ans, a su retrouver les maisons où il a vécu ou celles qui faisaient partie de son univers, après cinquante ans d’absence. Pour être honnête, Samour, je n’irai pas chercher l’appartement où nous avons vécu pendant trois mois à al-Muhajirin, car je suis sûr de ne pas pouvoir le retrouver dans un quartier que je connais à peine. D’ailleurs, Hani et Salma, qui nous avaient prêté ce logement à l’époque, sont aujourd’hui à Damas. J’ai revu Hani seul au café
Al-Rawda, le jeudi 16 janvier, où notre ami Abdelhay al-Sayed – que tu connais aussi – et moi échangions publiquement quant à la « La question de la justice et de la réconciliation dans la Syrie d’aujourd’hui ». La salle donnant sur la rue était pleine, rassemblant un public diversifié. J’ai murmuré à Abdelhay que c’était la première fois que je parlais devant un auditoire syrien, en Syrie. Mais je me suis aussitôt rappelé que j’avais déjà pris la parole devant un public syrien en 2005, lors du
Forum Atassi. Et que, la même année, le 8 mars, des étudiants baathistes m’avaient traîné dans la rue devant l’ancien Palais de Justice, rue Nasr, où ils m’avaient battu. Je me suis aussi souvenu que le forum avait été fermé quelques mois plus tard.
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Le vendredi 17 janvier, je suis allé à Suweïda avec Ola Ramadan et Jalal Nawfal. Nous nous sommes immédiatement rendus sur la
place de la Dignité, où les gens manifestaient depuis août 2023 et célébraient depuis le 8 décembre 2024. Là-bas, nous avons retrouvé ton amie et ancienne camarade d’emprisonnement, Wijdan Nassif, ainsi que mon ami et ancien camarade d’emprisonnement, Akram Maarouf. Après deux heures passées sur la place et de nombreuses photos, nous avons été invités chez une figure locale bien connue, Adnan Abu Assi, l’un des « activistes de la place ». Il nous a assuré que l’invitation ne durerait qu’un quart d’heure, le temps d’un café. Mais tu connais l’hospitalité des habitants de Soueïda, le café a été suivi de fruits, d’un excellent vin local et d’une conversation chaleureuse qui s’est prolongée pendant plus d’une heure. Nous étions une vingtaine. De là, nous sommes allés chez la famille de Wijdan, à Shahba, où nous étions attendus pour un repas de
fatayer d’épinards, de houmous et de pommes de terre. Sur les conseils de Tawfiq, un ancien prisonnier politique de tes camarades, nous avons pris la route pour Damas avant la tombée de la nuit, car certaines zones du trajet ne sont pas sûres. En chemin, Tawfiq, qui nous ramenait en voiture, commentait les checkpoints du régime : ici, il y avait un poste de contrôle terrible, là, c’était encore pire. Nous sommes finalement traversé devant la
« Branche Palestine », cette prison barbare qui de l’extérieur ressemble à une forteresse.
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Accompagné d’Abu Louay, c’est-à-dire notre ami Adnan – tu te souviens de lui –, je suis allé, le dimanche 18 janvier, devant le dernier logement où nous avions vécu avant de basculer dans la clandestinité. C’est sans doute le seul endroit que je peux véritablement appeler
ma maison, après celle de mon enfance, où j’ai passé mes onze premières années sous la férule de ma mère. Nous avions loué cet appartement en 2004 et y étions restés jusqu’au 30 mars 2011. Tu y séjournais ensuite de façon intermittente, lorsque tu n’étais pas avec moi dans l’un des quatre logements où je me cachais, jusqu’à ce que la propriétaire menace de jeter nos affaires à la rue si nous ne libérions pas les lieux. Mais à ce moment-là, à la fin de 2013, tu avais déjà disparu et j’étais moi à Istanbul.
Devant l’immeuble, après quatorze ans d’absence, j’ai constaté que la porte était fermée et que la sonnette ne fonctionnait pas, faute d’électricité. J’ai pris quelques photos du bâtiment avec mon téléphone. J’ai remarqué que le parking était plus encombré qu’avant. L’espace boisé qui séparait la cour de la rue semblait plus vivant, les arbres avaient poussé. Soudain, la porte s’est ouverte. Samer, notre ancien voisin, m’a reconnu immédiatement. Moi, je ne l’aurais jamais reconnu. Nous nous sommes serrés dans les bras. Il nous a invités, Abu Louay et moi, à entrer. J’ai rencontré sa femme, Samar, et leur fille cadette, Zeina, qui a maintenant dix-neuf ans. Maya, l’aînée, était au travail, dans un centre de soins au laser. Alors que nous prenions le café, j’ai remarqué les divans où nous étions assis, il me semblait qu’ils m’étaient familiers. Avec une pointe de gêne, j’ai demandé à Samer si c’étaient les nôtres. Il a souri : « Oui, ce sont vos divans ! Samira nous avait dit de les prendre après ton départ volontaire. »
Samar a ajouté qu’ils avaient aussi conservé pour nous un tapis, une carpette et un chauffage électrique. J’ai répondu que je viendrais peut-être les chercher si jamais je devais avoir un jour un logement à Damas. J’ai envoyé quelques photos de la maison à Jojo, en Allemagne. Nous avons eu les larmes aux yeux. Comme cette absence, Samour, n’a de cesse blesser le cœur !
J’ai demandé à Samer s’il pouvait parler à son voisin pour que je puisse jeter un œil à notre ancien appartement. L’homme a accepté, bien qu’il était clair qu’il ne comprenait pas pourquoi un ancien locataire s’y intéressait après tant d’années. Il m’a laissé voir l’entrée et la pièce qui servait de salon. Tout avait changé. Il était évident que la famille qui y résidait aujourd’hui était aisée. Ce que j’ai vu de notre appartement, Samour, était plus luxueux que de nos jours. Je n’ai pas pu voir la pièce qui était mon bureau. Depuis l’extérieur du bâtiment, j’ai remarqué que le balcon avait été entièrement vitré, ajoutant ainsi cet espace à l’intérieur. Je me suis souvenu de toi, assise là, partageant un
maté avec nos invités, Iyad en particulier. J’ai remarqué aussi que la fenêtre de la cuisine donnant sur la rue en face avait désormais un verre teinté de bleu, ce qui n’était pas le cas autrefois. De là, la vue s’ouvrait, au-delà de la rue, sur un espace vide, sans constructions, et plus loin, sur la montagne, qui, à compter de la fin janvier ou de début février, était partiellement recouverte de neige.
Les fiers parents m’ont montré une vidéo de la remise de diplôme de Maya à l’institut où elle avait étudié, avec une moyenne de 99 %. Ils m’ont dit que son lieu de travail n’était pas loin. J’ai demandé à lui rendre visite, et nous y sommes allés, toute la famille, Abu Louay et moi. Cependant, Zeina avait déjà averti sa sœur de notre venue, gâchant ainsi la surprise. Hélas, Maya ne se souvenait pas de moi, pas plus que Zeina. Toutes deux, en revanche, se souvenaient parfaitement de toi.
De là, nous sommes retournés au marché le plus proche de notre ancien domicile, qui était aussi, jusqu’en 2011, le seul marché de la banlieue. Il y avait plus de magasins que jadis, l’endroit semblait plus vivant. La banlieue était plus peuplée qu’auparavant et paraissait avoir prospéré, contrairement aux quartiers du centre de la capitale que j’avais visités. L’air y était pur, à l’opposé de celui de Damas, lourdement pollué. Une part de moi était cependant détachée de la bonne compagnie d’Abu Louay, Samer, Samar et Zeina. Une part de moi était en colère et accablée. Sur la route du retour à Damas, dans la voiture d’Abu Louay, je lui ai dit qu’il n’y avait qu’une seule personne au monde que je me sentirais capable de tuer : Samir Kaaka, le responsable juridique de
Jaysh al-Islam, principal instigateur de ton enlèvement et de ceux de Razan, Wael et Nazem. Le monde serait un endroit légèrement moins immonde sans cet être malveillant, rongé par la haine. Abu Louay n’a rien répondu. Je crois qu’il doute de ma capacité à passer à l’acte contre cet homme méprisable.
Après le déjeuner, j’ai emmené des amis – une jeune amie syrienne, un ami palestino-syrien-canadien et une journaliste française – pour rechercher le premier endroit où je m’étais caché. La première tentative fut infructueuse. Ce n’est qu’en arrivant rue du Pakistan, non loin du restaurant où nous avions mangé, que j’ai compris pourquoi je ne l’avais pas trouvé. Je regardais du mauvais côté de la rue : je cherchais à droite en suivant le sens de la circulation, alors que l’endroit se trouvait à gauche. Je l’ai alors localisé sans difficulté, bien qu'avec l’aide d’un commerçant du quartier. L’endroit avait été transformé en entrepôt pharmaceutique central appartenant au
Syndicat des pharmaciens syriens, la porte extérieure était solidement verrouillée.
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Passer trois jours à Alep, où j’avais étudié et où j’avais été emprisonné, fut un exercice de réapprentissage de la confiance, du sentiment de sérénité en marchant dans une ville où j’avais vécu trois ans avant mon incarcération et trois ans après. Tu connais cette sensation d’étouffement, cette impression que l’espace se resserre, que le climat général est hostile, voire menaçant. Je pense que c’est ce que ressentent les femmes dans nos sociétés lorsqu’elles évoluent dans des lieux publics où elles sont exposées au harcèlement, ne serait-ce que par le regard. Nous étions plongés en permanence dans une atmosphère oppressante, encerclés par un système de domination omniprésent, d’une masculinité brutale et intrusive. Avons-nous définitivement tourné la page de ce chapitre abject, Samour ? Il est difficile de l’affirmer à ce stade. Devant nous s’étend une route tortueuse, parsemée d’épreuves et de surprises. Dans les milieux alaouites dont tu es issue, la peur règne et des abus sont fréquemment signalés dans certaines régions. Officiellement, il s’agirait de traquer les criminels et les
shabihas, mais les témoignages se multiplient sur des exactions et des humiliations rappelant celles que nous connaissions des forces de sécurité du régime.
Dans le bus qui nous a emmenés à Alep, deux amis égyptiens et moi, nous avons échangé avec une jeune femme d’Alep, journaliste spécialisée dans les questions sociales, qui paraissait enthousiaste face aux changements récents dans le pays. À notre arrivée, un taxi l’attendait. Elle nous a invités à monter avec elle. Ce que nous avons accepté avec gratitude, avant de découvrir qu’elle avait réglé sans nous le dire la course du taxi, qu’elle avait quitté avant nous. Une telle générosité envers des inconnus est devenue rare dans de nombreux pays. Le lendemain matin, j’ai marché seul en direction du parc public où j’aimais me promener naguère. Il s’y trouvait un vendeur de café amer, versant celui-ci de la carafe qu’il transportait à des gobelets en carton. Je lui ai commandé une tasse, avant de m’apercevoir que j’avais oublié le sac contenant mon argent syrien. Je lui ai expliqué que j’avais oublié d’emporter de l’argent. Sans hésitation, il m’a répondu : « C’est offert !» Mais je me suis immédiatement souvenu que j’avais un peu d’argent en euro, dont je lui ai donné une petite fraction. La générosité des Alépins est désarmante. Ils tiennent à faire montre de leur hospitalité, en opposition au stéréotype du Damascène avare.
Une chose m’a dérangé : une porte en métal avait été ajoutée au jardin public, il semble que le parc était ainsi fermée la nuit au temps du régime. Avant, l’entrée principale restait ouverte en permanence, accueillante et généreuse. Dans plusieurs endroits de la ville, les portes étaient devenues plus étroites. Durant les années sanguinaires après 2011, le pays s’était refermé, réduit, comme si la Syrie toute entière avait été miniaturisée pour faciliter la surveillance des Syriens.
Le soir du même jour, Marcelle Shehwaro et moi avons participé à un débat au centre culturel d’Aziziyah. Tu connais Marcelle de nom. Elle était l’une des figures de la révolte d’Alep et de son université, son parcours militant fait l’objet d’une riche biographie en anglais qui sera bientôt publiée. Nous avons parlé de la manière de réintroduire la politique en Syrie sous forme de débat public. Marcelle m’a posé plus de questions que je ne lui en ai posées. Puis, nous avons interagi avec un auditoire qui remplissait les deux salles du centre. Beaucoup restaient debout, faute de places assises. C’était encourageant et émouvant. J’aurais tant voulu que tu sois là, Samour !
Bien sûr, tu étais présente tout au long de l’échange. Ton nom a été évoqué dès l’introduction et ma présentation, dans les questions de mes amis et dans le contenu de certaines de mes réponses du public. C’était le premier événement intellectuel et politique organisé à Alep après la
libération – ou la
chute, selon le terme que chacun préfère employer. Certains insistent sur le terme
libération, qui implique que le régime était une force coloniale. D’autres parlent de
chute, insistant sur l’effondrement du régime et la fuite humiliante de Bachar. Je suis certain que tu aurais préféré le premier terme. Baker m’a dit que Tihama le reprenait chaque fois qu’il employait
chute au lieu de
libération. Baker et Tihama sont toujours à Gaziantep, en Turquie.
Alors que les gens arrivaient et que Marcelle et moi nous tenions en retrait, comme pour accueillir les arrivants, un homme de mon âge m’a salué. Il m’a regardé dans les yeux et m’a demandé : « Tu me reconnais ? » J’ai hésité une seconde, désolé de ne pas pouvoir me souvenir de lui. « Je suis untel », m’a-t-il dit. Nous nous sommes pris dans nos bras, avec chaleur, trente-quatre ans à peu près notre dernière rencontre. C’était mon camarade et compagnon de cellule à la prison centrale d’Alep. Il avait été libéré après onze ans d’incarcération. Quand je suis sorti cinq ans après lui, j’avais tenté de revoir ceux parmi les camardes d’emprisonnement qui n’évitaient pas de me rencontrer. Il n’en faisait pas partie, je comprends pourquoi. L’homme voulait éviter la répression du régime qui ne manquerait pas s’abattre sur lui, et peut-être sur sa famille, s’il gardait contact avec ses précédents amis sortants de prison.Mais dès que l’occasion s’est présentée après la chute du régime, il est venu assister à un événement public où je prenais la parole. Toute notre histoire se condense dans ce moment, Samour. La tyrannie nous avait séparés, nous forçant à nous replier sur nous-mêmes, enfermés dans des cercles de plus en plus restreints. La fin de la mainmise tyrannique a rouvert ces cercles les uns aux autres. Lui et moi étions en début de trentaine à sa sortie de prison ; nous nous rencontrons pour la première fois après la détention en milieu de soixantaine.
Le lendemain, j’ai accompagné Nesma et Halim, un couple de jeunes militants, à Alep-Est. La dévastation était immense, suscitant en moi un mélange d’affliction et de désespoir. Comment pourra-t-on déblayer ces montagnes de gravats ? Comment reconstruire les habitations détruites pour permettre aux résidents de revenir, eux qui vivent dans des camps d'infortune ou, pour ceux qui ont pu se le permettre, dans d’autres quartiers encore debout ? La pauvreté de la partie orientale de la ville brisait le cœur.
* * * * *
Je suis retourné à Damas avec Marcelle le matin du 24 janvier. Elle venait assister à une conférence sur la justice, réunissant plusieurs organisations syriennes. Selon ce qu’elle m’a raconté le soir même, la moitié des participants étaient des femmes, certaines venues de leurs points d’exil dans des pays proches ou lointains, d’autres depuis l’intérieur de la Syrie. C’est d’ailleurs un point de tension au sein des milieux militants laïcs, qui mérite d’être pris en compte. Ceux qui viennent de l’étranger sont souvent plus visibles, tandis que ceux qui sont restés en Syrie sont plus en retrait. On sent une gêne, une difficulté à communiquer entre ces deux groupes, des choses non dites. Un phénomène similaire s’était produit en Palestine après les accords d’Oslo, en Espagne après la chute de Franco, et en Grèce après la fin de la dictature des généraux. Comme les gens ressemblent aux gens, Samour !
À Damas, chaque jour apporte son lot de nouvelles activités : débats, projections, conférences, séminaires. Ces rencontres se tiennent dans des hôtels, des cafés – notamment
Al-Rawda –, ou encore dans des centres culturels, lesquels étaient bien moins actifs avant la chute/libération. La ville semblait devenue l’une des plus dynamiques au monde en matière de débat public, de projections cinématographiques, de conférences, de congrès. Notre ami Osama Mohammed a projeté pour la première fois à Damas son film
Les Étoiles du jour, la salle était pleine. À Jaramana,
Notre terrible pays a été projeté, avec Razan et toi présentes à l’écran.
À Damas, je suis retourné aux rencontres avec des amis, des journalistes, des médias étrangers, et l’achat de souvenirs, parmi lesquels des chaussettes arborant une image de Hafez al-Assad exhibant ses muscles, vêtu d’un simple caleçon, et un portrait caricatural de Bachar, le cou exagérément allongé. Je n’ai pas réussi à mettre la main sur des tasses à l’effigie du père et du fils en sous-vêtements, dont j’ai vu des photos sur Internet. Après la chute du régime, dans le chaos des premiers jours, certains ont mis la main sur des clichés de la famille, dont deux où Hafez et Bachar posaient en caleçons, qui ont ont circulé sur les réseaux sociaux. La famille Assad a fini par être surnommée « La famille Abu Kalsoun ».
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Le matin du 29 janvier, nous sommes retournés à Suweïda avec Wijdan Nassif et Jalal Nawfal. Akram et d’autres militants de la ville avaient obtenu de moi la promesse de revenir, et nous nous étions mis d’accord tous les trois pour accomplir ce voyage. Nous voulions aussi réfléchir aux moyens de construire une majorité politique dépassant les divisions communautaires, ainsi qu’à l’idée d’une
Conférence nationale ou d’un
Dialogue national, dont on parlait beaucoup après la chute du régime. Comment organiser la représentation politique dans cette nouvelle phase ? Notre hôte à Suweïda était notre ancien camarade de prison, Akram Maarouf. Après sa libération, il était devenu ingénieur et avait fondé une famille, avec son épouse et ses trois enfants. Deux parmi ceux-ci, un garçon et une fille, vivaient désormais en Allemagne. Notre premier repas à Suweïda fut un
miliḥiya, un plat similaire au
milḥi de la région voisine de Deraa : un grand plateau de morceaux d’agneau cuits avec leurs os, posés sur du riz, le tout mijoté dans du yaourt, lequel est servi aussi séparément dans des bols. Autour du plat principal, des kebbés frits et farcis de viande hachée. C’était absolument délicieux.
Environ cinquante personnes ont assisté à notre réunion, dont sept femmes. Mais la majorité du public était âgée, la plupart avaient la cinquantaine ou plus, à l’exception d’une jeune militante de vingt-sept ans, bien connue en ville. Le soir, nous avons été invités à une soirée avec oud, musique et vin local, chez Adnan Abu Assi lui-même. Lui, sa femme et ses enfants étaient engagés dans l’opposition et faisaient partie des figures les plus actives de la
Place de la Dignité de Soueïda depuis août 2023. Son fils aîné avait même été brièvement arrêté à seize ans.
Au cours de cette soirée joyeuse, nous avons appris que Ahmad al-Char'a avait rencontré des factions militaires, qui avaient accepté de se dissoudre pour intégrer la nouvelle armée. Cela faisait suite à la dissolution de l’ancien corps militaire, du Parti Ba'th et du Parlement. Ahmad al-Char'a avait été proclamé président de transition et se voyait accorder le pouvoir de désigner un conseil législatif temporaire. Nous nous retrouvions ainsi face à une
dictature transitoire, avec le risque qu’elle se transforme en une dictature permanente. Le même soir, sur la place des Omeyyades, des partisans scandaient :
« Al-Joulani pour toujours ! Al-Joulani pour toujours ! Pas comme toi, Assad ! » Cela semblait être une référence au passé, qui pouvait aussi dessiner les contours d’un futur inquiétant : une
Syrie assadienne sans Assad. L’appel à une
éternité politique dépasse la seule dictature. Il ouvre la voie à l’anéantissement, car un pouvoir éternel ne peut exister sans une machine d’élimination, un système fondé sur la torture, les arrestations prolongées et des massacres à la manière du régime Assad.
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Après un fastueux petit-déjeuner le lendemain matin, nous sommes rentrés à Damas. Jalal devait intervenir à 16 heures au café
Al-Rawda, aux côtés d’un autre psychiatre, pour parler des enjeux psycho-politiques actuels en Syrie. Wijdan, en tant que figure du
Mouvement politique des femmes, continuait d’observer la situation politique avec un mélange typiquement syrien d’enthousiasme et d’inquiétude. Elle m’a confié que ce qui l’exaspérait le plus était cette tendance, fréquente dans nos cercles, à la lamentation et aux plaintes face aux épreuves. Elle m’a donné quelques exemples. Je ne pouvais qu’être entièrement d’accord avec elle.
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Lors de mon dernier jour à Damas, je suis retourné à Douma avec des amis. Nous avons fixé une plaque commémorative à l’entrée de l’immeuble où tu avais vécu avec Razan, Wael et Nazem, avant votre enlèvement. On pouvait y lire : « Dans cet immeuble ont résidé Razan Zaitouneh et Samira al-Khalil, puis Wael Hamada et Nazem al-Hamadi, jusqu’à leur enlèvement dans la nuit du 9 décembre 2013. » Nous avons frappé aux portes des appartements pour demander aux habitants l’autorisation d’installer la plaque. Tous n’ont pas ouvert, mais personne ne s’y est opposé. Nous avons reçu un accueil chaleureux de la part d’un couple quinquagénaire, tout particulièrement de la femme. Il s’agissait d’un spectacle étrange : une quinzaine d’hommes et de femmes gravissant les escaliers, équipés de caméras, de micros et de téléphones. Sur le trottoir, devant l’immeuble, nous étions peut-être une quarantaine à immortaliser ce moment. C’est Muawiya Hammoud, un quadragénaire originaire de Moadamiya, près de Damas, qui a fixé la plaque au mur, que Sherine al-Hayek et lui m’avaient aidé à la faire fabriquer.